Habib Koité,

le griot moderne


Avec un pied solidement ancré dans le passé et l'autre résolument prêt à évoluer dans le monde actuel, Habib Koité est l'artiste d'une génération qui a été témoin de la chute des barrières culturelles.





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Né en 1958, Habib Koité provient d'une lignée noble de griots Khassonké. une ethnie de l’ouest du Mali (région de Kayes).
Il hérita de sa passion pour la musique de son grand-père paternel qui jouait du "kamalé n'goni", un instrument traditionnel à quatre cordes associé aux chasseurs de la région de Wassolou (Mali).
Il développa son jeu particulier à la guitare en accompagnant sa mère, elle même "griotte" qui chantait aux cérémonies traditionnelles de la vie malienne : naissance, mariage, décès.
"Personne ne m'a réellement appris à chanter ou à jouer de la guitare….",
explique Habib, "j'ai regardé mes parents, et cela a déteint sur moi".

Habib était destiné à une carrière d'ingénieur, mais grâce à l'insistance de son oncle qui avait repéré très tôt son talent musical et qui a convaincu ses parents, il s'inscrivit à l'Institut National des Arts (INA) à Bamako, Mali.
Il y étudia la musique pendant quatre ans, et a terminé son cursus au sommet de sa promotion (en 1982).
Faisant l’unanimité parmi ses promotionnaires, en 1978 (après seulement six mois de cours), il est nommé chef d'orchestre de l'INA Star, le prestigieux band des élèves de l'école.

Après sa graduation, l'INA l'engagea directement comme professeur de guitare.
Il a rempli cette fonction jusqu’en 1998.

Pendant toutes ces années, Habib a eu l'opportunité de chanter et de jouer avec toute une série d'artistes maliens reconnus, parmi lesquels : Toumani Diabaté et Kélétigui Diabaté.
Il chanta et joua (en 1991) sur le légendaire album de Toumani Diabaté "Shake the World" sorti chez Sony.
Kélétigui Diabaté a rejoint Habib et est maintenant membre à part entière de son groupe.


En 1988, il forme avec de jeunes musiciens maliens, amis depuis l'enfance, son groupe Bamada (surnom donné aux résidents de Bamako se traduisant littéralement par "dans la bouche du crocodile").
Dès ce moment, il écume avec son "band" les scènes de Bamako et du Mali en peaufinant ainsi sa force musicale et sa cohésion scénique, une des qualités aujourd'hui unanimement appréciée.


En 1991, financé par un ami français, Maurice Cimalando, Habib se rend à Perpignan (France) et gagne le premier prix du Festival Voxpole, ce qui lui permit de financer la production de deux chansons enregistrée aussitôt.
Un des morceaux, "Cigarette A Bana (la Cigarette est Finie) " a été un gros succès à travers toute l'Afrique de l'Ouest.
Après la sortie d'un autre single aussi couronné de succès et intitulé "Nanalé (l'Hirondelle)" , Habib reçu le prestigieux prix "Découverte 1993" de Radio France Internationale (RFI).
Cette récompense et sa rencontre à l’initiative de Souleymane Koly, le directeur de l’Ensemble KOTEBA, avec Michel De Bock, le fondateur de l'agence artistique CONTRE-JOUR, ont permis à Habib et aux Bamada d'entreprendre et d'organiser leur premier tournée hors l'Afrique pendant l'été 1994.

En 1995, Michel et Habib décident de travailler ensemble en termes de management et de production.
Ils enregistrent dans la foulée le premier album "Muso Ko" d'Habib Koité & Bamada.
Cela sera fait en mars à Bruxelles au Studio Caraïbe/Molière
(tout comme les 2 CDs qui suivront).
CONTRE-JOUR se hâte de terminer le CD pour pouvoir le présenter aux professionnels présents au Marché du Spectacle et des Arts d'Abidjan lors de la prestation d’Habib et du Bamada
Ce concert restera dans les mémoires comme un des grands moments de la seconde édition de ce MASA.

À partir de ce moment, Habib devint une référence du circuit européen des festivals, ce qui contribua à promouvoir sa musique envoûtante et ses spectacles très énergiques autour du monde.
Habib a joué dans la plu part des grands lieux et festivals européens parmi lesquels : le festival de Jazz de Montreux, le MAD et le Word Rots Festival, Couleur Café, Paléo Nyon.

Le deuxième album d'Habib "Ma Ya", toujours produit par CONTRE-JOUR, est présenté en 1998 en Europe.
Il a été très chaleureusement accueilli et reconnu par la Presse Internationale.
Il resta, fait sans précédent, trois mois à la première place du "Word Musical Chartes Europe" des programmateurs radio.
Cette production subtile est révélatrice d'un côté plus acoustique, plus introspectif de la musique d'Habib.
Les tournées et invitations aux plus grands festivals se sont succédé en témoignage de ce succès.

En janvier 1999, CONTRE-JOUR a cédé la licence de "Ma Ya" pour l'Amérique du Nord à PUTUMAYO World Music, ce qui contribua à installer définitivement Habib comme l'une des nouvelles figures les plus intéressantes de la World musique dans ce continent.
Ma Ya atteignit la position n°1 et passa 20 semaines dans le top 20 du US « CMJ New World Music Chart », et perça véritablement à la radio rock AAA, passant plusieurs mois en rotation régulière sur les ondes des radios commerciales du pays.

En tournée aux USA en Février 1999, pour la promotion US de "MaYa" ainsi que pour celle de la compilation "Mali to Memphis" (produite aussi par Putumayo), Habib Koitè et le bluesman US Eric Bibb ont fait re-découvrir les connexions certaines entre le Blues et la musique Malienne.
Toujours en 1999, après la désormais habituelle tournée estivale européenne, Habib Koité retourna avec le Bamada (son groupe) aux USA, incendiant les scènes des festivals et les salles de concerts.

Au printemps 2000, il a participé, en tant qu'invité, à une tournée avec le légendaire groupe de free-jazz : "l'Art Ensemble de Chicago".
À l'automne 2000, Habib partagea la scène avec Ourmou Sangare, un des artistes ouest Africains les plus populaires lors d’une tournée nord-américaine intitulée "Voice of Mali". Cette tournée fut un succès considérable.
Tout comme Oumou Sangare, Habib gagna rapidement la reconnaissance du public, en se créant des nouveaux fans et prouvant une fois de plus, si cela était nécessaire, qu'il est un artiste doté d'un potentiel extraordinaire.
À San Franciso et Los Angeles, Habib a été rejoint sur scène par Bonnie Raitt, qui "jamma" avec lui pour un public conquis.

Les retombées médiatiques de ces tournées furent remarquables, et cela aussi bien en Europe qu'aux USA.

Habib apparut dans des centaines de journaux et magazines, parmi lesquels : People Magazine, Rolling Stone, Le Monde, Songlines, De Standaart, Le Soir et la couverture du Rhytm Magazine, pour en citer quelques-uns.

Habib a eu les honneurs aux USA des radios publiques nationales, All things Considered, WXPN's World café, PRI's The World, et The House of Blues Radio Hour"Mali to Memphis" spéciale, aussi bien que sur les grands programmes internationaux comme CNN WorldBeat.
En Europe, la VRT (TV Belge flamande) et Arte lui ont consacré des reportages ainsi que de nombreuses radios dans chaque pays.

Le talent et la puissante personnalité d'Habib lui ont rapporté la reconnaissance d'artistes majeurs tels Jackson Browne et Bonnie Raitt (citée plus haut).
Ils ont tous deux largement contribué à la diffusion de la musique d'Habib aux USA, en organisant des évènements privés destinés à attirer des nouveaux auditeurs et même, en se produisant sur scène avec lui (à Los Angeles et à San Francisco).

Après ces rencontres, les 2 artistes ont décidé d'aller au Mali au printemps 2000 pour "rencontrer" Habib (et d’autres artistes maliens) et cela à Bamako, dans la culture mandingue qu'Habib chante avec tant de ferveur.

Le 3ème album d'Habib, "Baro", continue où Ma Ya nous a laissés, avec un set de mélodies hantées et un jeu de guitare tenant de la virtuosité.
Habib est épaulé par Kélétigui Diabaté, le maître Malien indiscuté du balafon (un xylophone à touches en bois ouest Africain), qui enregistra avec Lionel Hampton dans les années soixante.
Avec le soutien des autres membres talentueux du Bamada, Koité se balance du groove à influence Cubaine de "batoumanbe" à l’éthéré et enchanteur "Sinama denw".
Les arrangements acoustiques sans fards reflètent les siècles de tradition Malienne, et en y incorporant des influences occidentales subtiles, il crée des chansons qui accrocheront, à coup sur, l'attention d'un public varié.
Baro inclut aussi une nouvelle version latino (en espagnol) du premier hit d'Habib l'ayant rendu célèbre en Afrique de l'Ouest, “Cigarette A Bana".
Il faut voir dans cette version un clin d’œil à l'importance de l'influence de la musique cubaine en Afrique. Les nombreux échanges entre Cuba et les jeunes états indépendants d'Afrique de l'Ouest (dans les années 60) ont contribué grandement à cette popularité.

Habib à une approche unique et très personnelle du jeu de guitare.
Il accorde son instrument sur la gamme pentatonique et joue sur des cordes ouvertes comme il le ferait sur un "kamale n’agoni", un instrument à cordes traditionnel malien.
À d'autre moment, la musique d'Habib sonne plus proche du blues ou du flamenco, deux styles qu'il a appris avec Khalilou Traoré, un vétéran du légendaire groupe Afro-Cubain "Maravillas du Mali". Contrairement aux griots, sa façon de chanter est réservée et intime, avec des variations de cadence du rythme et des mélodies.

Le Mali possède une tradition musicale riche et diversifiée, qui varie beaucoup selon les régions et les cultures locales.
Habib est unique car il rassemble des genres différents issus des différentes ethnies qui composent le pays, créant ainsi une nouvelle approche trans-Malienne qui reflète son ouverture d'esprit et son intérêt porté à tout type de musique.
Le style prédominant joué par Habib est basé sur le "danssa", un rythme populaire provenant de sa ville natale Kayes.
Il appelle sa musique le "danssa-doso", un terme de Bambara de son invention, qui combine le nom du rythme populaire avec le mot désignant la musique des chasseurs (doso), une des plus anciennes et plus puissantes traditions musicales.

"Je mets ces deux mots ensembles pour symboliser la musique de tous les groupes ethniques du Mali ».
Je suis curieux de toutes les musiques du monde, mais je fais de la musique Malienne.
Dans mon pays, nous avons tellement de rythmes et de mélodies magnifiques.
Beaucoup de villages et de communautés ont leur propre musique, mais les musiciens Maliens ne jouent que leur propre musique ethnique.
Mais moi, je voyage partout dans le patrimoine musical malien et mon objectif est de valoriser toutes ces traditions en les intégrant dans ma musique."

Avec un pied solidement ancré dans le passé et l'autre résolument prêt à évoluer dans le monde actuel, Habib Koité est l'artiste d'une génération qui a été témoin de la chute des barrières culturelles.
En même temps qu'il chérit et respecte la musique de ses ancêtres, Habib envisage et espère aussi un jour où les chefs de villages communiqueront avec le monde à partir de leur hutte en chaume par Internet via leur ordinateur.

La musique d'Habib prouve que nous ne pouvons abandonner le passé dans le dessein de se développer, et que pour assurer ses bienfaits, le monde moderne a besoin de garder ses liens avec le folklore, ainsi qu'avec sa mythologie et son histoire des peuples pour conserver son âme.